Le collectionneur de regards

Il était une fois un collectionneur de regards, si féru qu’il oublia le reste. Un soir, les astiquant de tout son cœur, il s’aperçut qu’il en manquait un. Un regard perdu à tout jamais ou un regard égaré à rien toujours. Il ne savait où le chercher, nulle part ou partout. Il s’affola, se mit à arpenter les yeux de tous, arrachant l’espoir d’une reconnaissance. Il consacra toute sa vie à cette quête, se délaissant, mais en vain.
Il était allongé sur un lit d’hôpital, si vieux et si seul. Son infirmière attitrée depuis des années se pencha au dessus de lui et posa un baiser sur ses paupières fermées, il sentit cette chaleur et comprit que c’était son propre regard qu’il avait fuit. Alors il mourut à cette seconde-là, soulagé.

Et l’enfant s’approcha

 

Et l’enfant s’approcha.

Le feu était si vif, qu’il se brûla l’idée de crier. Un sentiment inconnu de chaleur.

Et l’enfant s’approcha.

Il releva ses cheveux comme on tisse une toile d’araignée. Précisément, une mèche par une mèche, enroulée autour du point central, celui où loge la folie, dans le cerveau. Puis il se toucha la nuque pour juste vérifier que son corps était attaché à sa tête.

Et l’enfant s’approcha.

Alors, une lueur le traversa, l’image semblable de lui-même mais de corps différent. Une bouche plus charnue, un buste plus en devant, étonnamment en devant en deux fois. Une femme. Juste la braise pour éclairer cette image. Et l’enfant s’approcha. Il tendit son pied vers les flammes. Ses mains lui étaient trop précieuses. Une main pour caresser la chaîne fixée au dessus de son pied. Et l’autre, la seconde main était étrange, sous la lune, un des doigts de cette main se logeait dans sa bouche et il entendait un bruit. Un sentiment de chaleur. Le matin sous le soleil, le bruit le réveillait. Il retirait son doigt de sa bouche et s’étonnait. Et l’enfant approcha son pied des flammes et l’enfant cria. Une douleur vive le prit, l’enfant ne saisissait pas.

Et l’enfant recula.

Et l’enfant suça son doigt.