« La croisade du lancer de graines », pièce jouée le 28 et 29 mai 2016

Lors de la fête médiévale de Champigny sur Marne du 28 et 29 mai, 6 acteurs présenteront ma pièce en déambulation. Je vous laisse le texte, j’y ai inséré ma vision de ce spectacle indécent qu’est la vie politique, la vie financière, le regard haineux des certains… en ajoutant une grosse pincée d’utopie que j’aime.

http://www.medievalesdechampigny.com/

Capture d’écran 2016-04-28 à 10.33.47

 

 

 

 

la balade de Dame Coeuilly

balade de dame coeuillyle  31 mai et le 1er juin, 7 acteurs de la compagnie A feu et A scène joueront dans le cadre de la fête médiévale à Champigny sur Marne ce petit 30 minutes, je me suis inspirée largement des dialogues de Kaamelot en y ajoutant des pincées de poésie moyen âgeuse :

http://www.medievalesdechampigny.com/

La balade de Dame Coeuilly

Arthur : Fabien – Merlin : Pascal – Perceval : Sylvain – Karadoc : Jones

Guenièvre : Patricia – Morgane : Sandra – Viviane : Mélanie

scène 1 : Karadoc, Arthur et Guenièvre. A la statue du sanglier

Guenièvre est sur la statue du sanglier. Elle récite le début d’un poème, s’y reprend à deux fois (ou plus, histoire d’attirer le public)  :

Guenièvre : Le vent, pareil à l’enfance, se joue de l’arbre moqueur et dame Coeuilly s’envole au creux des feuilles en pleurs… » 

Arthur soupire

Guenièvre: Arthur, Pourquoi vous soupirez ?

Arthur : Non mais c’est le poème, Guenièvre…

Guenièvre : Le poème ? Qu’est-ce qu’il a, le poème ?

Arthur : Il est zéro. Voilà, ce qu’il a.

Guenièvre : Mais je vous en prie, Arthur, éclairez-moi de vos lumières, puisque vous êtes soudainement devenu un expert en beau langage…


Arthur : Guenièvre, Pas besoin de devenir un expert, s’il vous plaît ! « Le vent, pareil à l’enfance, se joue de l’arbre moqueur… » ? Lire la suite « la balade de Dame Coeuilly »

le sublime

3 acteurs. l’un, homme, peintre (réellement) peint sur scène au sol. le thème : le sublime.
une femme, frôle la peinture. puis une chanteuse. scène à venir.

Donc le prochain symposium se tiendra au Vent se Lève!
« Sublime…et autres »
Samedi 15 Mars de 14h à 20H00
Dimanche 16 Mars de 11h00 à 20H00
Un Tiers-Lieu d’art et de culture, de recherche, de création et de parole partagées
181 av. Jean Jaurès Paris 19e – 01 77 35 94 36 http://www.leventseleve.com/

Et l’ange aborda cette femme aux yeux débordant de peine, elle reprit couleur du gris, juste la couleur du chagrin.

(Elle fredonne) :
Je suis la femme aux mille silences
j’enterre l’homme à l’unique sens
je m’envole sous l’ombre d’un chêne
je me cache en oubliée soudaine

et l’ange souleva les cils de cette femme, elle reprit couleur du pâle, juste la couleur de l’amertume.

(elle fredonne) :
les visages me frôlent en échos,
ajustez vos semblants
les mains me ciblent en destin
épargnez mes élans

les pas me broient en privée, je me noie
Mais toi, l’homme que je vois, je te vois…

tu me m’éveilles en ce lieu divin
sans l’ombre d’un dieu
toi l’homme que je vois
tu es mon dieu

et l’ange souffla sur le teint de cette femme, elle reprit couleur de ciel, juste la couleur du sublime.

tapis

La prière du poil à l’agonie.

Le décor :Un tapis d’ange enroulé au pied d’un cœur vidé à l’intérieur de cet homme sur une croix en bois, rien que du détournement de sang, juste une histoire sans tache, une peau de vache désolée, en ruine.

l’origine : si le verbe se cache dans ce poil de tapis, il ne fut pas, comme l’a exterminé un dieu unique, juste une histoire entre une femme et son regard vers l’horizon stoppé de murs en béton, tombés au son de l’aigle.

L’histoire : en aucune vertu passante, un aspirateur en simple vision, enragé par le nombre de poils. Un couteau larmoyant s’approche. Coupé ce poil coloré par le nectar des dieux et souillé le reste par la croix d’un jésus absurde.

La fin : le tapis, posé sur la terre, se rend.

Gaia pleure.

nomade

L’homme sénile marchait dans la rue.
Les gens observaient sa vieillesse avec un air de dégoût, image insupportable à leurs yeux. Dans leur monde, tous les humains avaient recours à la chirurgie plastique, et leur apparence devait être irréprochable, faute de quoi, vous étiez assimilé à un déchet de leur société.
Le vieil homme continua sa route.
Une femme, au teint très pâle, posa son regard sur le visage de cet homme et lui adressa un sourire langoureux. Le vieil homme s’étonna, il était loin le temps où les rides étaient considérées comme l’or de l’humain.
Il fit demi-tour et suivit le pas léger de cette femme. Un long périple l’attendait, non pas en distance, mais en regards haineux des hommes et femmes et parfois au point de recevoir un crachat en plein visage. La femme traversa toute la ville, de temps à autre elle se retournait pour vérifier la présence de l’homme. L’homme ne se sentit plus seul pour la première fois depuis bien longtemps, même s’il ne comprenait pas pourquoi cette femme l’emmenait vers l’inconnu.
Ils prirent un sentier, un chemin de terre, très étroit.
Au bout, la femme s’arrêta. Le vieil homme arrivé à sa hauteur, contempla le paysage irréel : un camp de bohémiens. Une vision magnifique de la vie s’offrait sans retenue devant le vieil homme. Guitares, couleurs, sourires, rires, feu, caravanes, vieux, jeunes, la liste étaient longue de toute cette beauté. La femme s’approcha du vieil homme et lui souffla au creux de l’oreille : « venez avec nous, ne souffrez plus dans ce monde de fou, nous vous ferons une place au chaud et dans nos cœurs »
Le vieil homme répondit en pleurant, un oui, le oui le plus sensé qu’il avait prononcé dans sa vie.

Dans la soirée, les bohémiens invitèrent le vieil homme à partager leur repas. une salade de pommes de terre et des grillades, tout simplement autour d’un feu. La femme, assise à côté de lui, lui raconta comment le peuple des rroms, tziganes, gitans avaient réussi à vivre en nomades dans ce monde de fous. Elle lui montra un vieux livre écrit à la plume d’antan, en sanscrit, illisible par autrui, seuls les nomades le déchiffraient. Dans les pages de ce livre, on y contait le « secret des sentiers ». Construits aux abords des villes, ils n’étaient franchissables que par les bohémiens ou ceux qui avaient choisi de vivre en nomade. Au bout de chaque sentier il y avait un terrain vague visible que par les nomades. Et c’est ainsi qu’ils parcouraient la terre sans être vu des humains appartenant à ce monde fou.

un dimanche rouge.

Tous les dimanches, à midi 03, précisément, j’entendais beugler ma voiture déglinguée. De sa carcasse au bord de la casse, elle m’appelait.

Sur ma table basse, mes 3 vernis se chamaillaient. Comme tous les dimanches. Je faisais la sourde oreille mais je les entendais :

Le rouge disait au nacré : « c’est moi aujourd’hui ! » et le nacré de rétorquer : « ton bouchon est coincé depuis le temps, elle n’arrivera jamais à t’ouvrir ». Le troisième, transparent lui, les remettait à leur place, comme tous les dimanche : « la dernière fois que vous vous êtes engueulés, rappelez-vous, elle a secoué tellement fort notre table, qu’on a failli se briser, alors la paix vous deux ! »

je me souviens d’un dimanche lointain, le nacré avait balancé en pleine tête de mon vernis rouge : « elle t’aime pas, sinon, t’aurais déjà été sur ses ongles ». Le rouge s’est mis à hurler, le transparent aussi, alors j’ai empoigné ma table basse, et je l’ai remuée pour faire taire mes vernis. ça m’avait fait de la peine pour le rouge. Je me suis excusée auprès de ma table basse, très compréhensive d’ailleurs. Du coup, ce dimanche-là, j’ai préféré laisser mes ongles nus.

Les autres jours de la semaine, j’étais enfoncée dans une prison sans nom. Impossible de me souvenir de ce lieu, juste le blanc, des murs blancs, un peuple vêtu de blanc. Je les trouvais étranges. Tous ces autres jours ressemblaient à une assemblée de nuages, mais sans pluie, genre de nuages qui servent à rien, des faux nuages. C’est pour ça que le dimanche quand il pleut je me sens bien.

Le dimanche, ma voiture m’emmène sur ma colline. J’adore monter mes escaliers et j’adore être au sommet de ma colline. Les grands arbres, et puis les lotus, même l’hiver ils sont là, que pour moi et mes vernis. Puis, il y a mes brins d’herbe qui m’attendent. C’est mon vernis transparent sur les 5 ongles de ma main droite qui sert de traducteur, il n’y a pas de dictionnaire français-langage brins d’herbe. Je leur raconte des histoires, des fausses, car on m’a enlevé les vraies de ma tête. Mais moi, j’en invente juste pour faire sourire mes brins d’herbe. Par exemple, l’histoire du soldat né en tant de paix. C’est l’une de leurs préférées. Pourquoi existe t-il ? Et bien je leur brode la réponse. Il est né avec un casque, des bottes, un treillis et un couteau, très docile. C’est simple, sa mère était persuadée qu’une guerre allait éclater. Mais pourquoi il est resté soldat en grandissant ? C’est simple, il a jamais voulu se séparer de ses bottes, de son attirail, de son couteau parce que la paix est aléatoire.

Mon vernis nacré, c’est pour mon index de la main gauche, celui qui me sert à sucer mon pouce, enfin, mon index. Quand je repars de ma colline, il me reste que ça à faire, sucer mon doigt pour oublier le retour vers le peuple en blanc. Et j’ai peur que ce peuple supprime le dimanche de la semaine. Mais ce soldat, il me servira, oui, quand le peuple en blanc viendra tuer les dimanches, il les combattra avec son couteau.

Le psychiatre avait décidé de ne plus autoriser la sortie du dimanche à Madame X, elle était trop faible pour marcher.

Le lundi matin. on retrouva le corps de cette femme avec un couteau de cuisine planté dans le cœur. Quatre ongles de sa main gauche étaient vernis en rouge.

un sac à main de femme.

Un jour, je me suis dit que je serais comme les gens. J’aurais un sac avec des choses dedans.

J’hésitais entre un sac à main de femme ou un sac à dos d’adolescent ou un sac tout court.

Alors je me suis assis ou assise, je ne savais plus, sur un banc au bord de l’eau.

Dans un sac à main de femme, j’aurais mis un rouge à lèvres,
pour être belle au bord de l’eau sur un banc près d’un bel homme,

puis,

un mouchoir, pour essuyer mes larmes parce que le bel homme sur le banc n’était pas venu au bord de l’eau,

j’aurais mis aussi un stylo plume et un bloc note pour lui écrire que je l’avais attendu sur l’eau au bord d’un banc,
et un téléphone aussi j’aurais mis dans mon sac à main de femme, pour appeler mon meilleur ami pour qu’il me console parce que le bel homme au bord de l’eau n’était pas venu sur le banc.

J’aurais mis ma carte grise pour conduire jusqu’à chez mon meilleur ami en roulant en pleurant en grillant un feu rouge.
Et puis ma carte d’identité pour montrer aux gendarmes qui je suis pour payer une amende.

Mais, je ne sais plus qui je suis, non, pas un sac de femme.

Alors un sac à dos d’adolescent . Oui. Ca doit être plus facile d’être un adolescent qu’une femme.

J’aurais mis dans ce sac des clops pour fumer pour faire comme les ados et des chewing-gum pour pas sentir la clop le soir chez mes parents en rentrant de l’école.
Et dans mon sac à dos d’adolescent j’aurais mis aussi des livres d’école pour apprendre par coeur mes leçons le soir.

mais je n’ai pas de mémoire, non pas un sac à dos d’adolescent.

Non

Un sac tout court alors. Oui. J’aurais mis dedans, rien, parce que j’ai la mémoire courte. Je ne sais plus qui je suis.

j’ai un caillou dans la gorge.

J’ai un caillou dans la gorge.

Quand j’étais petite je croyais que c’était une arête de poisson et que je n’avais pas grandi à cause d’elle.

Mais quand je suis devenue adulte, j’ai su que c’était un caillou. J’essayais de l’attraper avec ma main, mais elle est trop petite. Alors, je me suis mariée avec un géant, sa main était grande oui, mais trop large pour entrer dans ma bouche.

Quand je regarde le bitume sur la terre, le caillou me bloque ma respiration, je dois regarder le ciel pour qu’il arrête, ça doit le rassurer le caillou de ne pas voir de bitume au ciel.

Quand quelqu’un me dit une méchanceté, le caillou me refroidit la gorge et elle se gèle. Impossible d’avaler ma salive, j’ai pas envie d’avoir des glaçons dans le ventre.

Quand je dors, le caillou me réveille parfois, comme s’il sonnait à ma porte, mais je n’ai pas de sonnette à ma porte. J’habite dans un couloir. Le caillou me réveille en vibrant et taillade ma gorge à petits coups. Et vous savez pourquoi il fait ça ? Parce qu’il est entrain de tuer les méchants dans mon cauchemar.

Voilà, et après les autres disent que ce n’est pas un caillou, et ils disent qu’ils ont un chat dans la gorge. Qui croire ?