l’omphalos ou je suis athée

Il s’arrêta net. Elle était là, devant lui.

Il devint livide, puis tourna son regard prudemment sans bouger l’ombre de sa peau. Il ne pouvait la connaître car elle n’existait pas auparavant. Sa vue, peut-être sa vue en déclin ? Non. L’arbre se dressait aux couleurs vert et marron, le ciel sculptait de son bleu les sillons de la rivière, les coquelicots se pavanaient d’être éphémèrement rouges. Tout semblait identique à l’avant. À cette avant vision qu’il eût d’elle. Il reprit son teint de vieil homme sage et s’en approcha timidement. En quelques secondes, il saisit que cette présence bouleverserait le cours du temps, le monde, si d’autres que lui la découvraient.

~

Il habitait une cabane au bout d’un chemin menant à une rivière. Quelques années avant, il avait tout quitté : son travail d’instituteur, son appartement de célibataire et tout ce qui s’en suivait. Il avait fui la ville. Pourtant, c’était un homme très apprécié semblant vivre en harmonie avec son entourage. Les parents de maternelle le comblaient de compliments en fin d’année ; les enfants le submergeaient de dessins remplis de cœur. Il aimait flâner après l’école dans les rayons de la bibliothèque, échanger silencieusement quelques mots avec les habitués. Friand de la programmation du centre culturel de sa ville, il ne ratait jamais une occasion de discuter à la sortie avec les uns ou les autres. Il détenait une sagesse et une sérénité que tous appréciaient, du jeune adolescent cigarette à la main, jusqu’au marchand de légumes du petit marché de son quartier. Un vieux sage aimé comme il en existait jadis.

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Une fleur dans l’ascenseur

Une fleur dans l’ascenseur

Ce fut un jour comme un autre où certains meurent de faim, de guerre ou de solitude et d’autres s’emplissent d’un tout difforme et puis, entre les deux, il y a nous et Jean.

Jean, des années cloîtré chez lui.

Son unique activité se résumait à se tenir courbé sur une chaise, face à son écran d’ordinateur. Il habitait au cinquième étage et empruntait une fois par semaine l’escalier déserté pour se rendre au petit supermarché d’à côté. Personne ne lui rendait visite. C’était un homme seul et solitaire malgré lui. Lire la suite « Une fleur dans l’ascenseur »

L’homme au regard percé

Je frappe à cette porte. Sonnette en absence.

Un livre à lire. Je ne sais encore lequel. On ne choisit ni l’auteur, ni l’écouteur, juste le tarif. Je suis lectrice.

J’entre car il ouvre. Un homme incertainement âgé apparaît, il se tient de profil mais le reflet de ses cheveux poivre et sel le trahisse. Je le suis. Un couloir, une porte entrebâillée, un salon. Je m’imprègne de son intérieur. Je remarque une bibliothèque digne d’un lecteur sans fin. Un piano à queue trône au milieu de ce salon. Il m’invite à m’asseoir dans un fauteuil rouge en velours. Puis il me tend un livre tête baissée, j’entrevois la finesse de son visage. Sur la couverture je lis en silence le titre : « L’homme au regard percé », l’auteur m’est inconnu.

Il s’assoit sur son fauteuil vert en velours. Je les regarde, lui et son fauteuil abîmé. Ses yeux semblent ne pas me discerner. D’un geste de la main il m’indique que je peux commencer mon travail, celui de lire, mais surtout, de lire à voix plaisante.

Je tourne la première page, elle est blanche. Lire la suite « L’homme au regard percé »

l’homme au bouton de plastique rose

Rien n’est plus fou que l’homme normal.

L’homme était assis sur son fauteuil vert en velours. Il regardait dans le vide la télévision. Le vide de la télévision le lui rendait bien.

Les ongles oblongs de ses mains s’enfoncèrent dans les accoudoirs. L’heure était là. Celle de la nuit tombante. Il se leva, les yeux rivés dans son souffle intérieur. Il mit son chapeau démodé, attrapa sa canne et un des nombreux sacs plastiques jonchés à même le sol. Il sortit de chez lui, dévala les escaliers de sa tour de vingt étages aux senteurs multiples. Il habitait au vingtième.

Il marcha à grande allure dans les rues froides de sa ville et parvint jusqu’au bord de la Marne. Il croisa des chiens accompagnés de gens, des vélos portant des gens, des baskets suivant la course de gens. Le tracé du chemin de cette rive se coupait en deux près du pont, il prit celui que les gens ne fréquentaient pas, celui des crottes de chiens, celui des bouteilles vides, celui des haillons. Il s’engouffra dedans et inspira si fort qu’un pigeon égaré s’envola, se cogna contre la voûte du pont et s’écroula à terre. Lire la suite « l’homme au bouton de plastique rose »

le plancher

Julien était un homme posé. Posé sur le plancher de sa femme. Sa femme était une femme. Posée sur un plancher. Elle cherchait la couleur du plancher mais n’y voyait que ses pieds incolores. Les pieds de Julien, eux, étaient bleus, mais, seul le plancher le savait. Julien, lui, cherchait la couleur du rire de sa femme, mais n’y voyait aucune couleur. Un jour, il pensa droit devant lui, en rouge alarmant, et commença à trouver une idée. L’idée lui plaisait, l’idée était chaleureuse et lui accorda sa confiance. Julien posa un immense tapis très doux, très moelleux, chauffé par effet de cœur ; il posa ce tapis sur tout le plancher. L’idée s’étala avec bonheur sur ce tapis si aimant. Julien se sentait à présent près à découvrir la couleur du rire de sa femme. Il s’allongea sur l’idée, sans jamais l’écraser, juste l’enlacer et attendit sa femme partie aux alentours du plancher ancien. Elle surgit. A la vue du bleu des pieds de son mari, ses yeux transparents roulèrent par terre, dévalèrent la pente du sourire de son mari et éclatèrent en mille gouttes. N’ayant d’yeux que pour elle, le choc fut fatal, son cœur se décomposa. Depuis Julien ne se sent plus seul, il a pris tapis pour femme.

 

 

sommeil de roses

Il était une fois une de mes plus belles rencontres. celle d’un homme derrière sa toile et son écran ou celle d’une toile derrière un homme et son écran. Devant mon écran, je suis restée inerte extérieurement mais intérieurement excessivement émue par sa toile que j’ai nommé « sommeil de roses ». de Philippe Jozelon. je n’osais pas lui demander de poser des mots sur sa toile. je suis partie dans mon garage avec mon ordi pour m’imprégner de sa toile et j’ai laissé aller. Là également je ne pouvais en 3 secondes demander une instrumentation à mon musicien. j’ai allumé synthé et cubase, et je me suis servie de ma voix pour le rythme car mon musicien m’a appris qu’il fallait toujours un rythme pour démarrer une musique, comme la vie.
Après, j’ai timidement osé proposer mon petit chant murmuré à Philippe Jozelon. et puis, j’ai eu l’émotion d’inaugurer avec deux musiciens une de ses expositions à Ménilmontant. j’avais choisi les textes les plus collants à ses toiles.

Il m’a offert sa toile, et c’est bien plus qu’une rose pour moi.

Philippe jozelon ♫♫ sommeil de roses
toile de Philippe Jozelon, homme peignant une toile inspirante à mes yeux. music et text : odkali

Prisonnier d’éros encerclé de roses sombres
Je m’ensommeille dans ce crâne

Ne plus jamais penser aimer

Une à une, j’ai arraché les épines
De ces femmes masculines
Comme une larme sans pleurs
Je les ai érigées en armée transperçante
Ma peau s’est offerte aux pointes lacérantes
Comme une fleur sans odeur

Prisonnier d’éros encerclé de roses sombres
Je m’ensommeille dans ce crâne

Ne plus jamais penser aimer

Une à une, j’ai peint mes profondeurs
De mille blancheurs
Comme une toile sans voleur
Je me suis étendu lentement
Mes veines ont prié l’éclatement
Comme une femme sans lune

Prisonnier d’éros encerclé de roses sombres
Je m’ensommeille dans ce crâne

Ne plus jamais penser aimer

Une à une, j’ai effacé mes pensées
Dans ces limbes enfermées
Comme un repos sans âme
Je me suis replié silencieusement
Mon sang s’est livré sagement
Comme un homme sans femme

Ne plus jamais penser aimer

homme studio

Homme studio

il marche sous le clair de lune entre ses quatre murs blancs

il jette contre l’un quelques éclats de mots à vif

son verre de bière se renverse et rougit d’indécence

le papier noirci assassine l’âge libre de l’enfance

le temps d’un clin d’œil à l’infinitif

et le verbe devint arrière plan

 

 

velouté de sons vole en carré

de lignes infinies en intention vocale

se cogne sous la robe d’une liqueur assoiffée

volupté de touches sentimentales

se dresse debout dans la rondeur de la nuit

l’organe à demi-nu sans un bruit

 

il se lève sous un sombre rayon d’encre entre trois idées grises

il ramasse au pied de ses murs les cendres de son interrogatif

sa cravate de soie se ternit et se plie d’innocence

le papier meurtri enivre l’âge serein de la souffrance

le temps d’un passage à l’impératif

et le verbe en second plan se brise

 

velouté de sons vole en carré

de lignes infinies en intention vocale

se cogne sous la robe d’une liqueur assoiffée

volupté de touches sentimentales

se dresse debout dans la rondeur de la nuit

l’organe à demi-nu sans un bruit

 

il s’allonge sous une chair féminine entre deux seins translucides

il caresse le long de son mur les fantasmes ruisselants

son drap de fer s’insurge et s’absorbe d’extensions

le papier libéré assouvit l’âge froid de la tentation

le temps éclaire l’aveu acide

et le verbe se pose en premier plan

 
velouté de sons vole en carré

de lignes infinies en intention vocale

se cogne sous la robe d’une liqueur assoiffée

volupté de touches sentimentales

se dresse debout dans la rondeur de la nuit

l’organe à demi-nu sans un bruit

 

 

il s’endort sous une ombre humide contre un rien arrogant

il rêve au sommet de son mur en sang

son corps coloré d’ocre se rend à l’âme émue

le papier froissé achève les rêves de courbes ondulantes

le temps s’efface en une absence  blessante

et le verbe fut

 

Le collectionneur de regards

Il était une fois un collectionneur de regards, si féru qu’il oublia le reste. Un soir, les astiquant de tout son cœur, il s’aperçut qu’il en manquait un. Un regard perdu à tout jamais ou un regard égaré à rien toujours. Il ne savait où le chercher, nulle part ou partout. Il s’affola, se mit à arpenter les yeux de tous, arrachant l’espoir d’une reconnaissance. Il consacra toute sa vie à cette quête, se délaissant, mais en vain.
Il était allongé sur un lit d’hôpital, si vieux et si seul. Son infirmière attitrée depuis des années se pencha au dessus de lui et posa un baiser sur ses paupières fermées, il sentit cette chaleur et comprit que c’était son propre regard qu’il avait fuit. Alors il mourut à cette seconde-là, soulagé.

fragmentos de cuerpo

Fragmentos de Cuerpo

Cuerpo en fragmentos

Fragmentos de corazon

Corazon en hueco

Hueco de sangre

Sangre afectada

Afectado de futuro

Futuro en crepusculo

Crepusculo de

Cuerpo …

Cae crepusculo,

No soy un hombre solo,

Soy un padre,

Mis hijos son los fragmentos de mi cuerpo

Mis hijos son el derroche de mi corazon

Mis hijos son mi sangre pura

Mis hijos son mi eternidad

Ardiente angel

Pasion de palabras

Rêve d’éternelle tendresse

Palabras dulcisimas

Ame caressant ton ivresse

Se enlacan alrededor de mi corazon lentamente

Nuages de passion ailée

Ardiente angel de poesia

Poésie de mots nés

Me esfumo con tus cirros

S’envole vers mon ardeur

Alas de sueňos eternos

Enroulant mon cœur

Acaricio tu alma

Telle une amante

Nacer tu amante