La fille dans la boîte plate

 

(10 pages)

« Il était une fois une fille dans une boîte plate. Ses parents l’avaient si bien rangée, qu’elle était devenue la référence incontournable pour des tas de pères et mères du monde entier. »

Un autre monde, un monde où les enfants vivent dans des boîtes, enfin trois mondes : le Puissant, le Second et l’Invisible. toute ressemblance est bien sûr opportune…

(Vue d’ensemble : lors d’un séjour au bord de l’Atlantique et dans un petit bourg, je me suis rerouvée sans connexion. J’ai donc imaginé un monde où l’écran a pris le pouvoir sur la planète. Les enfants logent dans des boîtes où chacunes reflètent leur niveau de vie ou classe sociale. Le monde est partagé en trois entités nationales disparates : la Puissante, la Seconde et l’Invisible. La boîte plate, munie d’un écran formatant la vie de l’enfant, règne et oppresse le reste du monde. Sol, un petit garçon migrant avec ses parents vers le pays des seconds, va concocter avec Lil, la fille dans la boîte plate, une révolution où même les plumes d’oreillers s’en mêlent.)

extrait :

« Le monde Puissant, celui dont la plupart de ses livres vantaient un équilibre parfait, ne l’attirait pas, de toute façon, jamais il n’y accéderait : les frontières étaient fabriquées en boîtes de conserve de foie gras explosif, un seul de ces projectiles et vous étiez transformé en purée crue. Le monde moyen, lui, était entouré de mer, c’était sa frontière naturelle, mais jusqu’à présent, ni les riches, ni les pauvres n’habitaient là. Les riches trop riches pour quitter le monde riche et les pauvres trop pauvres pour quitter le monde pauvre. »

« Le dimanche suivant, ils visitèrent les parents de la boîte la moins chère. Fabriquée avec des résidus de matière plastique, aussi bien la boîte que le drap et le reste, les enfants dès qu’ils bougeaient le moindre petit bout de chair, entendaient le bruit strident du frottement des matières plastiques. Cette boîte était livrée avec des boules Quies. »

Une chandelle pour une sylphe

Une chandelle pour une sylphe

(11 pages)

(Vue d’ensemble : c’est en scintillant des yeux sur une illustration de Yannick Hatton, que j’ai pensé à tous ces petits gamins dans la lune, y compris nous-mêmes. J’ai tenté alors de faire l’éloge de cet état si magique et de cette singularité enfantine : l’imagination. Pierrot, devenu lutin au fil des siècles, rencontrera sur la lune une sylphe qui l’aidera à balayer les fléaux créés par l’homme. Le racisme, l’oppression, la pollution… disparaîtront au fur et à mesure de l’histoire.)

(Début) :

« Tu me reconnais ? Non ? Je ne t’en veux pas, j’ai un peu moins de 500 ans, j’ai dû prendre quelques rides. Quoi ? Des verrues sur le nez ? Même pas ! Je te raconterai comment je les ai attrapées ces satanées monticules, mais je commence par le début. Je suis né à l’âge de 20 ans, en Italie, tout habillé de blanc. A l’époque, les gens se moquaient de moi parce que je rêvassais tout le temps, j’étais dans la lune. Moi j’étais content d’être dans ma bulle. Parfois, j’atterrissais sur le sommet de montagnes en neige bien chaude où je glissais sur les fesses ou bien je plongeais dans des océans aux vagues multicolores où je surfais sur le dos d’un ange ou alors je sautais sur des tapis de champs de plumes qui me chatouillaient sous les bras. Un vrai délice de rêves de lune.

Puis un jour, j’ai entendu le mot guerre, et là, je suis tombé de ma bulle comme un avion sans ailes. Bam, sur le pif, hop, une bosse sur le nez. La guerre des bancs avait sonné. Tous se battaient à coup d’agrafeuses pour asseoir leurs derrières sur le banc le plus confortable. Dingue ! Et quand l’un y arrivait, il agrafait un carton sur le bois et inscrivait son nom. Pfou ! Quelques minutes après, un autre venait le débusquer et hop, même combat : « mon banc ».

Je me suis éloigné en me tâtant le nez, aie ! Puis je suis retourné dans ma lune. Hum, quelle douceur ! Une sylphe toute bleue sculptait un nuage en forme de bouche. Elles étaient resplendissantes toutes les deux. La bouche commença à … »

Amaryllis la cruelle

Ma première pulsion florale fut pour de divines orchidées. Après avoir peuplé mon chez moi de ces fleurs, je m’aperçus au fond de mon dico étymo, l’envers du décor. Je stoppai net cette investigation d’un semblant déplacé vers un anonyme homme. Puis, d’un étal proche, mon œil tomba sur une amaryllis m’étonnant. De retour dans l’extérieur moïque (trace de Guattarri), je consultai frénétiquement les arrières pages de cette

« Amaryllis » du grec, briller, lancer des éclairs.

Une fleur bandante, pour sûr.
ou un leurre errant (imprononçable) me souffla une bergère au passage.
Cruelle amaryllis.

L’égalité des sexes en notre langue tient en une lettre : le e muet. Caduc, instable, féminin ou sombre.