le nomade

Je voudrais être ici sur ce bout de terre quand tout le temps je suis ailleurs. Je voudrais être rom pour ne pas être gouvernée, je voudrais partir pied-nus ici que je ne trouve pas. Je voudrais embrasser la fleur qui ne m’appartient pas enfermée sur un territoire noyé. Je voudrais casser la gueule à tous les hommes d’état, à tous les hommes de banque, ceux de pouvoirs. Je voudrais tout savoir jusque dans le ventre de Gaia. Je voudrais aller ici, ici près de la mer sans terre, sans territoire sans rien.
L’homme sénile marchait dans la rue.
Les gens observaient sa vieillesse avec un air de dégoût, image insupportable à leurs yeux. Dans leur monde, tous les humains avaient recours à la chirurgie plastique, et leur apparence devait être irréprochable, faute de quoi, vous étiez assimilé à un déchet de leur société.
Le vieil homme continua sa route.
Une femme, au teint très pâle, posa son regard sur le visage de cet homme et lui adressa un sourire langoureux. Le vieil homme s’étonna, il était loin le temps où les rides étaient considérées comme l’or de l’humain.
Il fit demi-tour et suivit le pas léger de cette femme. Un long périple l’attendait, non pas en distance, mais en regards haineux des hommes et femmes et parfois au point de recevoir un crachat en plein visage. La femme traversa toute la ville, de temps à autres elle se retournait pour vérifier la présence de l’homme. L’homme ne se sentit plus seul pour la première fois depuis bien longtemps, même s’il ne comprenait pas pourquoi cette femme l’emmenait vers l’inconnu.
Ils prirent un sentier, un chemin de terre, très étroit.
Au bout, la femme s’arrêta. Le vieil homme arrivé à sa hauteur, contempla le paysage irréel : un camp de bohémiens. Une vision magnifique de la vie s’offrait sans retenue devant le vieil homme : guitares, couleurs, sourires, rires, feu, caravanes, vieux, jeunes. La liste étaient longue de toute cette beauté. La femme s’approcha du vieil homme et lui souffla au creux de l’oreille : « Venez avec nous, ne souffrez plus dans ce monde de fou, nous vous ferons une place au chaud et dans nos coeurs ».
Le vieil homme répondit en pleurant, un oui, le oui le plus sensé qu’il avait prononcé dans sa vie.
Dans la soirée, les bohémiens invitèrent le vieil homme à partager leur repas. Une salade de pommes de terre et des grillades, tout simplement autour d’un feu. La femme, assise à côté de lui, lui raconta comment le peuple des rroms, tziganes, gitans avait réussi à vivre en nomades dans ce monde de fous. Elle lui montra un vieux livre écrit à la plume d’antan, en sanscrit, illisible par autrui, seuls les nomades le déchiffraient. Dans les pages de ce livre, on y contait le « secret des sentiers ». Construits aux abords des villes, ils n’étaient franchissables que par les bohémiens ou ceux qui avaient choisi de vivre en nomade. Au bout de chaque sentier, il y avait un terrain vague visible que par eux. Et c’est ainsi qu’ils parcouraient la terre sans être vus des humains appartenant à ce monde fou.

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