Une fleur dans l’ascenseur

Une fleur dans l’ascenseur

Ce fut un jour comme un autre où certains meurent de faim, de guerre ou de solitude et d’autres s’emplissent d’un tout difforme et puis, entre les deux, il y a nous et Jean.

Jean, des années cloîtré chez lui.

Son unique activité se résumait à se tenir courbé sur une chaise, face à son écran d’ordinateur. Il habitait au cinquième étage et empruntait une fois par semaine l’escalier déserté pour se rendre au petit supermarché d’à côté. Personne ne lui rendait visite. C’était un homme seul et solitaire malgré lui.

Une échappée d’une demi-heure vers ce magasin, deux sacs à peine remplis.

Au retour, Jean, apercevant une vieille femme à l’entrée de son immeuble, baissa la tête plus que jamais, mais elle l’interpella :

« Pouvez-vous m’aider ? Mon sac est trop lourd, je reviens du marché et je n’arrive plus à le porter. »

Interloqué, Jean hésita. Il n’eut pas le temps de fuir vers ses escaliers car la vieille femme poussa son sac avec sa canne lui obstruant ainsi le passage. Jean ne dit mot et l’aida. Celle-ci s’accrocha à son bras puis le mena droit dans l’ascenseur. Il fut surpris de l’image que reflétait le miroir : celle d’un homme hirsute mais surtout d’un étranger. Lui, Jean, ne possédait aucune glace de salle de bain, de couloir ou autres. Après quelques étages, angoissé par cette proximité, ce qu’il remarqua le captiva : une minuscule plante poussait entre deux parois de l’ascenseur. Il atterrit enfin sur le palier qui n’était autre que le sien, celui du cinquième. Elle le remercia. Jean effleura un sourire inaccoutumé en se redirigeant vers l’ascenseur.

Jean se pencha, frôla de son doigt cette petite plante coincée sans s’apercevoir que l’ascenseur avait redémarré. Il approcha son nez pour tenter de sentir son odeur et scruta de près son unique mini-feuille. Son observation prit fin au rez de chaussée quand la porte s’ouvrit. Il se releva brutalement. La jeune femme qui allait entrer eut un geste de recul et son visage prit les traits de l’effroi. Jean, pris de panique, tourna la tête dans tous les sens et fut saisi une nouvelle fois par sa propre apparence. Il s’échappa de l’ascenseur, regard rivé au sol, et prononça d’une voix éraillée un mot : « Pardon ». Depuis des années, Jean n’avait adressé la parole à aucune âme vivant dans son immeuble, dans son quartier. Il pressa le pas et grimpa les escaliers à toute vitesse, s’engouffra chez lui et s’affala sur sa chaise.

Il s’endormit.

L’ascenseur s’arrêta entre deux étages, les boutons se mirent à clignoter. Jean était coincé. Il fixa le miroir et vit le visage d’un enfant, il se reconnut, lui petit, il toucha son menton et constata pourtant la présence d’une barbe. Il fit une grimace et le reflet fut le rire de l’enfant. Puis une petite voix détourna son regard :

« Jean, regarde-moi. »

Il oscilla son corps dans tous les sens, mais ne remarqua personne à ses côtés.

« Jean, là, la plante, c’est moi qui te parle. »

Une splendide fleur bleue se dressait devant lui. Il sursauta et murmura avec timidité :

« Qui es-tu ? »

« Je ne suis rien tant que tu ne m’auras pas effeuillée. Mes cinq pétales sont pour toi. Prends-les. »

Jean les retira délicatement et les posa dans le creux de sa main. Il entendit alors un cri de joie, celui de l’enfant du miroir. Jean se réveilla. Son poing était fermé, il déplia un à un ses doigts et ne discerna que les vestiges de son rêve. Il ne souvenait pas d’avoir rêver depuis des dizaines d’années. Puis il se remémora son passé. Ses parents, sa sœur, les « à table », les rires égarés sous les plumes d’oreillers, les pleurs envolés dans la cime d’un arbre, les joies flottant dans les nuages éparpillés. Il songea ainsi des heures.

La course au regard dans le miroir.

Il se releva de sa chaise, partit de chez lui à toute allure, dévala les marches de l’escalier et fila au rayon cosmétique du supermarché. Il piocha, au hasard des marques proliférantes, de quoi se raser, se couper les cheveux, se coiffer et dégota un miroir de femme après avoir arpenté tout le magasin. Il arriva chez lui essoufflé. Il lui fallut deux bonnes heures pour se transformer. Coupe très courte, malgré une frange en zigzag et un épis sur le haut du crâne, son allure était nette. Il s’offrit même le luxe d’un sourire dans son miroir. Il sortit sur son palier et attendit l’ascenseur avec un regard d’enfant où se dissimulait de la curiosité mêlée à de l’excitation. La porte s’ouvrit, il entra et appuya sur le bouton arrêt, ensuite il vérifia la présence de la plante et la regarda avec complicité. Comment était-elle arrivée jusque là ? se demanda-t-il. Elle semblait vaillante. Le manque de lumière, d’eau et de terre aurait dû l’anéantir pourtant. Il en était stupéfait. Il lui dit tout en se contemplant dans la glace :

« Regarde, je suis méconnaissable, non ? Ecoute, résiste jusqu’à demain, je te promets un joli pot plein de terre chez moi. »

Il appuya une nouvelle fois sur le bouton pour sortir de l’ascenseur, mais se trompa et descendit au rez de chaussée. À l’ouverture, la jeune femme du matin apparut, il eut un mouvement de recul, mais la femme, elle, avança franchement et lui adressa un sourire accompagné d’un « Bonjour, vous êtes nouveau ? Oh pardon, vous êtes peut-être simplement en visite. » Le silence de Jean la rendit mal à l’aise.

« Mais ça ne me regarde pas.» poursuivit-elle.

Il respira profondément et répondit tout doucement, comme s’il avait peur de l’effrayer de sa voix fébrile :

« Je suis adepte des escaliers, mais, je ne me sentais pas très courageux pour affronter cinq étages. »

« Au cinquième ? Nous sommes voisins de palier alors. Je me suis toujours demandé qui pouvait bien demeurer là. Vous n’êtes pas bruyant comme voisin. L’autre jour, je n’ai pas osé frapper à votre porte, mon chat s’était réfugié sur votre balcon et bon, j’ai usé de tous les stratagèmes pour qu’il revienne, la prochaine fois je n’hésiterai pas, si vous êtes d’accord bien sûr. »

« Oui, bien sûr. » Il repensa à cette vieille femme du cinquième, peut-être était-elle sa grand-mère, car il n’y avait que deux portes sur son palier.

L’attente.

Toute la soirée Jean s’imagina cette jolie jeune femme entrant chez lui pour récupérer son chat. Impossible vu l’état de son appartement de la recevoir même pour un aller et retour au balcon. Il prévoyait donc d’y remédier dès le lendemain. Un pot plein de terre pour la plante et un plein de produits ménagers pour astiquer son chez lui. Demain serait une journée pas comme les autres.

Le lendemain matin au réveil, il resta les yeux fermés et se concentra pour se souvenir de son rêve. Un deuxième en deux jours, un exploit. Ces cinq pétales bleus flottaient dans l’ascenseur et lui, enfant, essayait de les attraper. Puis il sauta et l’ascenseur stoppa sa course. Il prit peur. Il suça son doigt et pleura, alors les pétales vinrent se poser sur lui et le caressèrent. Il ne se souvenait que de ça.

La journée fut donc comme aucune autre. Le pot rempli de terre, posé sur sa table de nuit et de jour, s’impatientait dans son appartement fraîchement reluisant. Il rejoignit la plante dans l’ascenseur. Une deuxième feuille était née pendant la nuit. Avec un couteau, qu’il glissa précisément dans la fente, il la recueillit habilement sans arracher la tige de ses racines. Personne ne vint le déranger. Arrivé dans son salon-salle à manger-chambre, il enfouit délicatement les racines dans la terre malléable, ouvrit les stores, arrosa de quelques gouttes sa plante presque invisible.

Jean était assis sur sa chaise, dos à l’ordinateur éteint. Il guettait le bruit de l’ascenseur, regard cloué sur son balcon. Le chat et la jeune femme, la jeune femme ou le chat, cela lui était égal, l’un ou l’autre, il attendait.

Dans la soirée, il accéda à son balcon, il leva la tête et aperçut le ciel noir sans étoiles. Il fronça les sourcils d’un air mécontent. « Pourquoi vous n’êtes plus là ? Que vous-ont-ils fait ? Où vous êtes ? »

Il claqua la porte-fenêtre et courut s’allonger sur son lit. Il pleura, s’endormit et rêva comme un enfant. Les cinq pétales bleus volaient dans le plafond de l’ascenseur devenu ciel noir. Lui, enfant, les contemplait. Chacun d’eux prit la forme d’une étoile et brilla si fort, que Jean se réveilla avec les yeux piquants. Il se leva et remarqua une troisième feuille sur sa plante. Il l’arrosa légèrement et lui parla :

« Bienvenue petite feuille, j’espère que tu vas te plaire ici. »

Il s’approcha de sa fenêtre et scruta les cieux en plein jour, il n’avait pas observé les nuages depuis bien longtemps et les yeux écarquillés, en admira les formes. Il laissa les stores ouverts. Il se prépara, une veste de lin écrue avec un seul bouton manquant, un pantalon noir avec un seul trou, des chaussures en cuir nettoyées à l’eau avec un seul talon décollé. Il prit son unique clef, celle de son appartement et sortit de chez lui. Il était prêt à s’exposer devant autrui si le prix était de recroiser cette jeune femme.

La journée fut des va-et-vient de l’ascenseur avec Jean dedans. Et parfois, les autres. Il bredouilla des bonjour en retour. Ceux du matin en éveil et ceux du soir en tristesse. Aucune apparition de cette jeune femme attendue. Le ventre creux, les pensées vides, il regagna son chez lui tard le soir. Ni chat, ni femme. Il se coucha habillé et chaussé. Aucun rêve cette nuit-là.

La plante, les trois feuilles recroquevillées, Jean paniqua. La terre, l’eau et la lumière ne lui manquaient pas pourtant. Il tourna et tourna autour d’elle. Puis il eut une idée. Il se débarbouilla comme un chat, empoigna le pot, claqua la porte et fila avec sa plante dans l’ascenseur.

Son regard s’attacha toute la journée aux trois feuilles de sa plante. Les allées et venues des autres dans l’ascenseur furent scandées par ses balbutiements de salutations à peine audibles. Il s’était réfugié dans un des coins, dos à la porte, protégeant ainsi les trois feuilles des courants d’air et des regards. Le bruit de son estomac recouvrait parfois les mots de politesse des autres. Il s’aperçut de la présence de la jeune femme du cinquième trop tard, il capta juste le son de ses talons aiguilles et son salut quand la porte se referma.

Il quitta l’ascenseur tard mais soulagé car il percevait un léger relèvement des feuilles et une coloration verte plus nette. Arrivé à sa porte d’appartement, il se rendit compte qu’il avait oublié sa clef à l’intérieur. Pas de gardien à cette heure tardive. Il passa la nuit à lutter contre le sommeil debout puis assis, et enfin allongé sur son palier. Dehors, il faisait trop froid et le ciel noir lui aurait fait peur. Au petit matin, il guetta l’arrivée du gardien dans la loge du rez de chaussée, récupéra le double de sa clef et d’un merci tremblant, alla rejoindre son lit épuisé et affamé. Il se leva vers midi. Il vérifia tout d’abord l’état de sa plante. Les trois feuilles se tenaient dressées, il fut rassuré. Il mangea comme un ogre et rassasié, il alluma son ordinateur qu’il avait délaissé depuis deux jours. Il parcourut des sites consacrés aux fleurs. Hormis la couleur bleue, il lui restait un vague souvenir des pétales aperçus dans ses rêves, des centaines de formes différentes existaient, il ne pouvait trancher entre l’une ou l’autre. Il rapprocha la plante et essaya de comparer la forme avec la liste qu’il avait trouvée sur un de ces sites. Le limbe de forme ronde, ovale, lancéolée, spatulée, cordée, triangle… les bords dentés, lisses, crènelés, lobés, ciliés… puis les nervures peltées, pennées, anastomosées… et encore la disposition des feuilles sur la tige renflée, noueuse, ailée, verruqueuse…

L’instant d’une robe et d’un chat.

Il releva la tête quand il entendit le bruit de l’ascenseur s’arrêter sur son palier. Il y courut, mais il était déjà trop tard. Alors, clef en main cette fois-ci, il se dirigea vers la cage de l’escalier, il descendit en trombe tous les étages et se retrouva juste nez à nez avec la jeune femme. Pour la première fois depuis des années, il salua en premier une personne et continua sur sa lancée :

« Votre chat se porte bien ? »

« Oh, vous êtes au courant, et bien, non, le vétérinaire n’a pas réussi à le sauver. Une chute de cinq étages, mon pauvre chat, il était en très mauvais état. » Les larmes brillaient dans ses yeux mais elle se retint et enchaîna :

« Il y a plus grave dans la vie, il y a tous ceux qui souffrent sur notre planète. Je dois me dépêcher, merci en tout cas pour votre attention, ça me fait du bien. Au revoir. »

Il n’eut le temps ni de la saluer, ni de l’inviter à voir sa plante, ni de lui demander comment elle s’appelait. Il monta dans l’ascenseur pour respirer son odeur. Il n’appuya sur aucun bouton, il voulait juste saisir son parfum le plus longtemps possible. Les yeux fermés, il s’embauma de cette silhouette féminine, jusqu’au moment où un homme entra :

« Vous allez au combien ? »

« Cinq. »

« Chez Françoise ? »

« Non, chez moi. »

« Ah, pardon, je ne vous avais jamais vu. Moi je monte au trois. voilà, c’est parti. Belle journée n’est ce pas ? »

« Oh oui, belle journée. »

Jean n’était pas habitué à tenir une conversation même sur la météorologie, heureusement le troisième étage arriva vite. « Françoise », il murmura son prénom aux abords de la plante, les yeux plus proches du souvenir de la robe de la jeune femme que des détails des feuilles. Une quatrième feuille était apparue sans qu’il y prête attention, comme si femme et fleur étaient rivales.

L’invitée de la soirée.

Il décida d’aller au magasin pour y acheter de quoi inviter Françoise un jour. Deux assiettes blanches à bords dorés, des couverts bas de gamme mais d’apparence élégante, une nappe rouge à carreaux blancs, deux verres à vin, des gâteaux apéritifs, une bouteille de bordeaux premier prix, une boîte de conserve de confit de canard, des langues de chat et du chocolat. Quand il déballa tout excité ses sacs plastiques sur la table, il fit tomber le pot avec sa plante. Il le ramassa et le posa sur la chaise. Puis, il fit la moue comme un gamin et sanglota : « Une chaise, je n’ai qu’une chaise. Comment je vais te recevoir ma chère Françoise ? » Il repartit vite. Sur le chemin du magasin il y avait un recoin à l’abandon où s’amoncelaient des encombrants. Il y dénicha une chaise brinquebalante, mais une chaise quand même. Il était heureux. Une fois chez lui, il dressa la table et l’admira quelques minutes. Puis il y plaça le pot avec sa plante au centre et là, il s’en voulut de n’avoir rien remarqué avant, car sa plante était en piteuse état : «Quatre feuilles ! Mais toutes tombantes ! Oh non ! Qu’est ce que j’ai fait ! Je vous ai oubliées.»

Le pot sous le bras, sa clef en main, il se rendit dans l’ascenseur. Il sentit une odeur désagréable et se concentra tant bien que mal sur l’endroit où il avait découvert sa plante. Il colla ses yeux entre les deux parois et, tout à coup, il sentit son corps se métamorphoser en une espèce de guimauve puis en une seconde fut aspiré de l’autre côté. Un autre monde s’ouvrait devant lui : une étendue immense de fleurs bleues sur un tapis d’herbe verte s’offrait. Il s’y promena avec volupté quand son odorat en alerte reconnut le parfum de cette jeune femme. Il tourna la tête dans toutes les directions, personne. La fleur à ses pieds commença à grandir, puis il se retrouva assis sur son pistil à présent géant agrippant son pot. Survolant cette prairie, il l’aperçut allongée dans une robe blanche vaporeuse. La tige gigantesque se courba et les pétales le glissèrent délicatement au sol. Il s’étendit auprès d’elle, lui sourit puis elle lui indiqua un lopin de terre. Il déracina sa plante de son pot et la planta délicatement dans cette terre. La jeune femme ria aux éclats et se leva, le prit par la main et ils dansèrent autour de la plante. Cette dernière s’épanouissait, ses feuilles s’allongèrent vers le ciel ensoleillé et une cinquième feuille naquit aussi verte que les précédentes. Alors que leurs deux bouches se rapprochèrent, il entendit un son criard dans ses oreilles :

« Oh, Oh ! Ça va ? »

Il découvrit alors devant lui la vieille femme qu’il avait aidée l’autre jour et hocha la tête sans comprendre ce qu’il lui arrivait :

« Où est Françoise, où sont les fleurs, où suis-je ? »

« Vous êtes là, avec moi dans l’ascenseur. Vous vous teniez debout les yeux grands ouverts et dans le vide, je vous trouvais bizarre alors je vous ai sorti de votre torpeur. »

« De ma torpeur ? Mais, je. »

Il s’arrêta net de peur d’être pris pour un fou et remercia la dame.

Son pot n’avait pas bougé de place, blotti sous son bras, cinq grandes feuilles vertes et magnifiques s’y logeaient. Il resta perplexe. Il ne s’était pas endormi, il était bien conscient et ce qu’il avait vécu lui paraissait réel. Et puis, la cinquième feuille était bien présente. Il s’allongea sur son lit avec son pot serré entre ses mains. Il resta éveillé comme ça, jusqu’au petit matin.

Cette journée comme les autres.

Françoise dans sa robe blanche et Jean se tenaient la main en dansant autour de la fleur bleue quand ils entendirent des cris. C’étaient une voix d’enfant, de petite fille. Ils se mirent à courir sur le tapis de fleurs bleues et arrivèrent près d’un puits. Ils penchèrent leurs deux têtes et aperçurent une petite fille qui se débattait dans l’eau. Jean reconnut sa sœur jumelle, elle hurlait :

« Minou, minou ».

Jean plongea dans le puits et repêcha sa sœur d’un bras et de l’autre le petit chat. Puis ils s’envolèrent et atteignirent le sol en douceur caressés par les fleurs bleues. Françoise pleurait de joie, la petite fille serrait très fort Jean devenu enfant et son petit chat.

Les pompiers étaient arrivés trop tard, la vieille femme était par terre, les mains posées sur celles de Jean. Jean avait sauté de son balcon du cinquième étage. La vieille femme revenant du marché avait couru tant bien que mal pour tenter de lui porter secours. Elle eut juste le temps de lui caresser ses mains qui encerclaient un pot, le pot de Jean avec une belle fleur bleue à cinq pétales. Puis elle l’écouta murmurer jusqu’à son dernier souffle : « Ma sœur, ma sœur…».

La vieille femme se nommait Françoise et habitait seule dans son appartement du cinquième. Elle fut très perturbée par la mort de son voisin, elle se sentait coupable de ne jamais avoir fait un pas vers lui. Elle ne l’avait vu que trois fois dans sa vie. Elle avait voulu toquer à sa porte il y a de ça quelques années quand le gardien lui avait annoncé qu’un nouveau locataire emménageait mais il le lui avait fortement déconseillé jugeant cet homme étrange sans pour autant le connaître. Elle s’était toujours doutée que quelqu’un souffrait dans cet appartement voisin mais la méfiance des gens était telle qu’elle n’avait pas franchi le pas. Elle aussi endurait cet isolement.

Ce fut un jour comme un autre où certains meurent de faim, de guerre ou de solitude et d’autres s’emplissent d’un tout difforme et puis, entre les deux, il y a nous et Jean.

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