la rue

J’ai ouvert les yeux.

J’étais allongée sur le trottoir, pourquoi, je ne le savais pas. J’ai regardé devant moi et j’ai vu des femmes et des hommes allongés, comme moi, ils avaient l’air de dormir. Puis j’ai entendu une voix derrière moi, celle d’un enfant : «Allez,  réveille-toi, c’est l’heure. » J’ai tourné mon regard vers lui, il m’a tendu la main, je l’ai prise. Nous avons évité tous ces corps endormis, les chevauchant et sautant parfois à pied joint par dessus, puis l’enfant m’a emmenée dans une autre rue.

Je suis restée muette face au bruit. Une foule de gens, debout, éclatait de rires aux airs moqueurs et sans arrêt, une vraie cacophonie. Je lâchai alors la main de l’enfant et resta clouée au sol, piquant une crise de fou rire infernale et jetant des regards moqueurs sur mon voisin. Je riais mais ne comprenais pas pourquoi. Et tout à coup, mon rire stoppa, je sentis alors la main de l’enfant dans ma main. Nous partîmes de cette rue. J’avais juste compris une chose, la main de l’enfant m’avait rendu ma liberté.

Dans la rue suivante, les gens hurlaient des grossièretés, ils étaient penchés vers le sol, comme s’ils parlaient au bitume, cela n’effrayait en rien l’enfant qui marchait d’un pas assuré et tranquille. Moi, j’étais apeurée.

Nous traversâmes cette ville, main dans la main, je ne voulais plus la perdre et apparemment l’enfant non plus, il me la serrait très fort.

A chaque rue correspondait une attitude identique des hommes et des femmes. La rue des gens les pieds en l’air crachant dans le caniveau, la rue des gens les bras en l’air sifflant des hymnes nationaux, la rue des gens assis comptant jusqu’à l’infini.

Une des rues me choqua plus que les autres, la rue des gens en tenue de prière se battant à coup de noms de dieux, et tous différents. Ils avaient l’air de souffrir atrocement, mais rien ne les arrêtait.

Et puis, enfin, au bout de toutes ces rues, je vis la mer et au delà de la mer, l’horizon. Un bateau nous attendait. Dans ce bateau, des hommes, des femmes et des enfants souriants. L’enfant leva l’encre et nous partîmes sur l’océan. Au moins, là, il n’existait pas de rue.

Je compris plus tard pourquoi il m’avait choisie, cet enfant. Un jour, avant que les humains ne soient parqués dans des rues, j’avais entendu Michel Ocelot dire : « Nous avons tous les âges en nous », et depuis ce jour-là, je savais que l’enfance était le royaume perdu de l’adulte, et je l’avais cherché jour et nuit, en vain. Alors, j’avais sombré sous les coups des adultes et de leurs folies. Un beau jour ou peut-être une nuit, je m’étais retrouvée allongée sur ce trottoir, dans la rue des endormis.

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