en larmes enfantines.

J’ai prié ma voiture déglinguée de tenir le temps d’une respiration. Elle accepta. Je savais que sa carcasse ne tenait que sur une corde à linge froissé et que je n’avais pas prié depuis que j’avais regardé dieu dans ses yeux transparents. J’ai gravi les marches toujours en nuisette, mais noire et tant mal que bien. Quand j’ai aperçu ma colline, j’ai eu un moment d’effroi. Un champ de bataille. Mon pied nu s’est posé sur mon herbe et j’ai senti toutes ses larmes ouvertes. Je me suis allongée en rond et en creux, blottie dans leurs pensées. Puis les larmes m’ont raconté leur histoire.
Un jour ou peut-être une nuit, une graine atrocement défigurée par la haine s’est installée au cœur de ma colline. Elle a entouré une de mes herbes par sa racine l’obligeant à se courber. Les autres affolées ont tenté de couper la mauvaise graine mais elles sont mortes sur le champ. D’autres graines haineuses ont débarqué et forcèrent mes herbes à se décolorer en transparent comme les yeux de dieu qui n’existe pas. Mes herbes ont plié sous le poids de ces infectes graines.
Une nuit mais certainement pas un jour, une herbe encore légèrement verte se révolta, elle poussa si hautement un cri si fortement, qu’elle en mourra. Les trèfles à trois feuilles en bas de ma colline presque morte entendirent ce cri. Les trèfles à trois feuilles n’eurent pas besoin de prier le trèfle à quatre feuilles car il existait, lui, pour sauver le peuple des herbes vertes. Le trèfle à quatre feuilles surgit de nul parti. Juste celui de croire au son du vent frôlant le peuple des herbes vertes. La résistance s’organisa. Au son d’une contrebasse suédoise, d’un piano polonais et d’une cymbale turque, les oreilles des enfants en pyjama au fond de leurs rêves s’entrouvrirent et quittèrent à l’unisson leurs lits, leurs maisons, leurs villes et villages de toutes les couleurs. Arrivés au bas de ma colline, les trèfles caressèrent alors tous ces pieds enfantins en leur murmurant la plainte du peuple des herbes vertes. Un enfant ouvrit les yeux vers le sommet de ma colline et gravit les marches en sifflotant un air de lutte initiale. Un autre puis d’autres puis tous le suivirent. Ils arrachèrent une à une les mauvaises graines jusqu’à la dernière. Depuis, les herbes vertes se reconstruisent.
J’ai pleuré à larmes enfantines.

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