un brin d’h.

un brin d’herbe murmuré

Je n’étais plus assise sur mon fauteuil vert aussi âgé que moi, quand aucun homme ne vint frapper à ma porte. Alors, je claquai cette porte violemment et pris ma voiture pour foncer vers ma liberté de ne plus attendre.
Je me suis avancée vers cette colline, vêtue d’une longue nuisette bleue ciel quand il fait beau, et il faisait beau. Mon corps espérait rejoindre la sérénité, et mon esprit avec. J’insinue : ne plus penser aux hommes. Ma colline est perchée dans un parc de Paris. J’ai gravi les escaliers avec l’élégance d’une femme en nuitée, en pleine journée. Quelques pavés à traverser avant l’herbe, le retour à la terre. Mais à quelques pas de moi, un homme en tailleur, je veux dire en position, observant au loin je pense, les grands arbres, ou bien les femmes en tailleur. Affolée, je me suis assise à même la pierre et j’ai tenté de m’imprégner de sa froideur et de ne pas m’éloigner de mon idée originelle. Fuir la chaleur des hommes. J’ai repensé à mes histoires passées, je voulais en sortir. Alors je me suis levée, et j’ai marché vers l’herbe, assez loin de cet homme pour ne pas être ambigüe, mais assez proche pour l’être. Puis j’ai humé l’air, j’ai avalé des yeux le point d’eau à une centaine de mètres tellement goulûment que je me sentais nager. Et puis j’ai senti un regard. Celui de cet homme, là-bas, non loin de moi, mais pas assez proche. Le regard est le début d’une histoire, ensuite la voix l’étoffe puis les chapitres de la peau se succèdent, la fin est entendue …
Justement, cet homme me hantait tant, qu’un brin d’herbe devint mon amant d’un rayon de soleil. Je l’ai collé à ma bouche, je l’ai emmené chez moi, il m’a réchauffé, j’ai cru que c’était cet homme.

Et quand le brin d’herbe m’a collée délicatement sur mon fauteuil vert en me caressant, j’ai su que c’était lui, cet homme.

la femme en creux

♫♫ la femme en creux

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inspiré d’aucun homme   music : olivier Keriven

Et pleure la femme en creux suçant son doigt sous la lune même de jour parce que le soleil ne réchauffe que les peaux et en dessous se cache un placard rempli d’alcool à moitié nu puis s’affale sur un fauteuil défoncé vert car le brin d’herbe a déteint le velours vieilli d’images emprisonnées de son sang de veine à plat elle s’étale sur les mains des hommes en vain en teint d’ombre à se voiler d’envies éventrées saoulée parce que sans le savoir elle veut embrasser le soir jumelé aux services de son état puis se souvient d’un cri éternellement présent ne pas se souvenir et en finir d’une voix de sons sur un rayon filant juste près des loups elle caresse le sauvage et s’envole hors et à l’intérieur sans un bruit fracassant seulement des chaises en vrac des culs dessus des tas d’yeux et puis elle s’assagit en rond creusant son émoi en ferraille dit-on elle se tait. Elle attrape son doigt, puis le suce. Et rit la femme en creux.

le plancher

Julien était un homme posé. Posé sur le plancher de sa femme. Sa femme était une femme. Posée sur un plancher. Elle cherchait la couleur du plancher mais n’y voyait que ses pieds incolores. Les pieds de Julien, eux, étaient bleus, mais, seul le plancher le savait. Julien, lui, cherchait la couleur du rire de sa femme, mais n’y voyait aucune couleur. Un jour, il pensa droit devant lui, en rouge alarmant, et commença à trouver une idée. L’idée lui plaisait, l’idée était chaleureuse et lui accorda sa confiance. Julien posa un immense tapis très doux, très moelleux, chauffé par effet de cœur ; il posa ce tapis sur tout le plancher. L’idée s’étala avec bonheur sur ce tapis si aimant. Julien se sentait à présent près à découvrir la couleur du rire de sa femme. Il s’allongea sur l’idée, sans jamais l’écraser, juste l’enlacer et attendit sa femme partie aux alentours du plancher ancien. Elle surgit. A la vue du bleu des pieds de son mari, ses yeux transparents roulèrent par terre, dévalèrent la pente du sourire de son mari et éclatèrent en mille gouttes. N’ayant d’yeux que pour elle, le choc fut fatal, son cœur se décomposa. Depuis Julien ne se sent plus seul, il a pris tapis pour femme.