sommeil de roses

Il était une fois une de mes plus belles rencontres. celle d’un homme derrière sa toile et son écran ou celle d’une toile derrière un homme et son écran. Devant mon écran, je suis restée inerte extérieurement mais intérieurement excessivement émue par sa toile que j’ai nommé « sommeil de roses ». de Philippe Jozelon. je n’osais pas lui demander de poser des mots sur sa toile. je suis partie dans mon garage avec mon ordi pour m’imprégner de sa toile et j’ai laissé aller. Là également je ne pouvais en 3 secondes demander une instrumentation à mon musicien. j’ai allumé synthé et cubase, et je me suis servie de ma voix pour le rythme car mon musicien m’a appris qu’il fallait toujours un rythme pour démarrer une musique, comme la vie.
Après, j’ai timidement osé proposer mon petit chant murmuré à Philippe Jozelon. et puis, j’ai eu l’émotion d’inaugurer avec deux musiciens une de ses expositions à Ménilmontant. j’avais choisi les textes les plus collants à ses toiles.

Il m’a offert sa toile, et c’est bien plus qu’une rose pour moi.

Philippe jozelon ♫♫ sommeil de roses
toile de Philippe Jozelon, homme peignant une toile inspirante à mes yeux. music et text : odkali

Prisonnier d’éros encerclé de roses sombres
Je m’ensommeille dans ce crâne

Ne plus jamais penser aimer

Une à une, j’ai arraché les épines
De ces femmes masculines
Comme une larme sans pleurs
Je les ai érigées en armée transperçante
Ma peau s’est offerte aux pointes lacérantes
Comme une fleur sans odeur

Prisonnier d’éros encerclé de roses sombres
Je m’ensommeille dans ce crâne

Ne plus jamais penser aimer

Une à une, j’ai peint mes profondeurs
De mille blancheurs
Comme une toile sans voleur
Je me suis étendu lentement
Mes veines ont prié l’éclatement
Comme une femme sans lune

Prisonnier d’éros encerclé de roses sombres
Je m’ensommeille dans ce crâne

Ne plus jamais penser aimer

Une à une, j’ai effacé mes pensées
Dans ces limbes enfermées
Comme un repos sans âme
Je me suis replié silencieusement
Mon sang s’est livré sagement
Comme un homme sans femme

Ne plus jamais penser aimer

talons aiguilles

Mes talons aiguilles rouges dépourvus de protection plastique s’entendaient à l’autre bout de la rue déserte comme un réveil sans sonnerie et sans dormeur. Puis, un klaxon retentit derrière moi. Une fois. Puis deux. Je tournai mes cheveux noirs vers ce bruit et je vis un homme dans une voiture vitre baissée sortant d’une impasse. Je m’approchai un peu. Je sentais sur le visage assez beau de cet homme un danger. Il me dit « je peux vous donner mon numéro de téléphone ? » je lui demandai pourquoi et m’affligea d’un compliment argumentant le fait qu’il m’avait vue deux minutes auparavant. Il jeta son regard sur le siège passager vide et je discernais son bras se posant sur ce siège. J’ai eu terriblement peur pour la première fois de ma vie d’un homme. Je lui répondis que je ne l’appellerai pas. Il a simplement rétorqué « tant pis alors » et il est parti.

Mais il n’a pas entendu ce que j’ai murmuré ensuite : « je n’oserai pas ».

Depuis, mes talons aiguilles ne cessent de me tourmenter, ils rêvaient de trouer le tapis de voiture d’un homme.