Les pelotes

Vous vous dites : une histoire de tricot ! pfou !

Mais sous les fils de cette historiette se cachent l’éloge de la différence…

 

 

Dans un panier d’osier posé sur un stand d’une brocante, deux pelotes de laine, l’une brillante et l’autre grise, étaient emmêlées à des voitures miniatures.

La pelote brillante aperçut sa voisine et dit :

« Bonjour, tu t’appelles comment ? 

– Pourquoi tu me demandes ça ? bougonna Grise. Ça ne se voit pas ?

Brillante d’un ton aimable répondit : 

– Si l’on doit passer la journée ensemble, autant s’entendre et discuter, non ? 

– Toi, ton nom, c’est « la jolie brillante » non ? Et bien moi on me nomme « la grisaille » ! »

Brillante, toujours aussi plaisante lui sourit et répliqua d’un ton amical :

– Ne m’agresse pas. Tu sais, ta couleur assortie à une autre peut rendre un pull très beau. J’ai rencontré des pelotes grises, elles étaient ravies, car toujours on les assemblait à d’autres couleurs. Je ne te raconte pas la partie de rigolade quand le tricot démarrait ! « Coucou, c’est moi le vert, touche-moi si tu me rattrapes ! » Et oui, elles jouaient à chat !

– Grise sourit : Ah ? Moi, les autres pelotes de mon lot sont devenues châle pour une personne âgée et souffrante. Je suis restée longtemps dans une corbeille en osier à les regarder. Je voyais bien qu’elles étaient tristes, tristes pour cette personne. 

– Tu sais, certaines couleurs vives ne sont pas mieux logées. Souvent elles se retrouvent sur des bambins qui se tachent tout le temps ! Et hop de la gadoue ! Et zou de la bave d’escargot ! 

– Beurk !

– Et nous les brillantes, notre destin est d’être aspergées de parfum !

– Beurk !

– Dans la vie, je pense, que l’on soit de telle ou telle couleur, il faut vivre avec sa couleur et surtout penser aux autres et se mélanger.

– Oui, tu as raison. Je n’avais pas pensé aux autres. C’est vrai, il y a aussi les trous de cigarettes ! Quelle horreur ! Ils n’ont rien demandé ces fils !

– Dis, on pourrait essayer d’être acheter ensemble ?

– Oh oui ! Mais comment ?

– Ne te vexe pas, mais tu es toute rabougrie. Gonfle-toi, aère-toi !

– D’accord. J’essaie.

– Oui, bien, encore.

– Waoo ! J’ai un autre air !

– Tu vois ! Déjà t’es drôlement plus chouette ! Maintenant détends-toi. Une pelote moelleuse au toucher est plus agréable pour les tricoteuses.

– Comment je fais ?

– Respire et inspire plusieurs fois. Oui ! Bravo ! Tu es magnifique !

– Waoo ! Incroyable ! Moi qui me trouvais atroce, je suis pas mal en vérité !

– Très jolie. Maintenant on va essayer de se rapprocher. Il faut attendre que quelqu’un nous brasse, et hop ! dès qu’on se touche, on se fait un nœud. D’accord ?

– D’accord.

Ce qui fut espéré arriva. Et en un coup, elles se nouèrent.

Un peu plus tard, une jeune femme s’approcha du panier, prit la pelote brillante, alors la pelote grise s’accrocha à son amie Brillante de toutes ses forces. La femme rapprocha alors les deux pelotes et déclara : « ravissante écharpe pour ma grand-mère ».

Quelques jours plus tard l’écharpe fut tricotée, puis emballée. Le soir, la grand-mère ouvrit le paquet cadeau et dit : « Merci ma petite fille, j’ai froid dans mon lit d’hôpital, elle me réchauffera le cou et le cœur. »

Notre écharpe resta fidèle à notre grand-mère et la choya de ses fils tendres jusqu’à la fin de ses jours.

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